J'aimerais avoir un obturateur dans ma pupille. Pour retenir les instants furtifs du quotidien. Pour saisir les expressions insaisissables. Pour toucher l'instant poétique qui fait la singularité de chaque lieu dans lequel on ne l'attend pas.

J'aimerais savoir dessiner. Rien qu'avec un crayon HB, pour créer les contours de visages croisés ou imaginaires. Comme ce monsieur avec ses lunettes rondes et son faux air d'asociable, ou encore cette dame noire avec des sourcils incroyables et des grosses lunettes, concentrée sur sa brochure, ce type avec un visage de renard et des yeux rieurs.

J'aimerais savoir raconter une histoire. Pas forcément belle, pas forcément magique. Juste vraie et imaginaire. J'aimerais savoir décrire le moment précis, celui que tout le monde connaît, ou comprendra.

 

Ce sont autant d'instants furtifs, presque impudiques, que j'aimerais garder avec moi. Et si je n'ai que ma mémoire pour les garder, et que je les oublie au fur et à mesure, je me dis toujours, sur le moment "Celui-là, tu t'en rappelleras. Tu essaieras de le dessiner, avec un crayon, ou avec des mots, et il restera." Le métro parisien est plein de richesses.